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Médecine d'un autre siècle
Allongée sur un lit, mon regard est tourné vers le plafond … Ma tête est renversée en arrière, à l’extrême. Je suis tenue par des bras.
Tout à coup, je sens quelque chose de froid et raide entrer dans ma bouche et qui s’enfonce dans ma gorge
(était-ce l’intubation ?) : dans ma tête c’est un entonnoir … dans lequel on me fait ingurgiter un liquide (j’ai su beaucoup plus tard que je subissais un examen très délicat :
L’ARTERIOGRAPHIE – radio des artères : les médecins vous inoculent un produit dans les veines qui les font ressortir sur les radios). A ce moment-là, je vois aussi mon cerveau comme une
énorme toile d'araignées avec des petites autour ; chacune gère quelque chose, et toutes les fonctions indiquées d'une flèche grasse sont plus ou moins atteintes ; une vision d’horreur, en
couleur !
Les gaz
Je suis immobile, allongée sur un lit qui n’est pas horizontal : il est penché vers la gauche à 90°, presque à la verticale. Je suis dans un endroit que je ne situe pas. Devant moi, en blouse bleue (aide-soignante ?), une personne, avec un masque, est affairée face à un tableau encastré dans le mur. Ce tableau comporte des centaines de voyants correspondant chacun à une manette : allumés ils sont rouges, éteints ils sont verts. A ce moment précis, ils sont éteints.
La silhouette se retourne de temps à autre et me jette un regard furtif, le visage semble flou et porte un masque. Puis, elle manipule plusieurs manettes et des voyants s’allument.
Dans les secondes qui suivent, une odeur de gaz m’assaille. Qu’est-ce que cela veut dire, est-ce pour moi ? La silhouette constate que je vis toujours, alors elle tourne plusieurs autres manettes et certains voyants s’allument en rouge, plusieurs odeurs emplissent la chambre par un conduit en acier noir orienté sur moi : ces odeurs mélangées entre elles sont insupportables : En particulier l’eau de javel et l’éther associés son un vrai plaisir (désinfection de la chambre, de la trachéotomie et des ustensiles ?).
Je veux fuir, on veut me tuer ! J’agrippe les draps. Avec ma main droite j’arrive à me hisser au sommet du lit mais le poids de mon corps est trop lourd (côté gauche en particulier) et je lâche le drap, renonçant à toute fuite. Je retombe sur le lit, désemparée, et, comme je supporte de moins en moins les odeurs qui flottent dans la pièce, c’est décidé, j’en finis une bonne fois pour toute : je coupe ma respiration, mais des bouffées d’oxygène entrent de force dans mes poumons (c’est l’assistance respiratoire) et m’empêchent de mettre mon projet à exécution.
La silhouette, quand à elle ne porte plus de masque, elle semble immunisée contre ces émanations. Elle s’efface tout à coup …