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La guerre
La guerre est déclarée. Entre qui et qui, je n’en sais rien et à vrai dire je m’en fiche ! Cette guerre ressemble à celle du Viêt-Nam que j’ai souvent vu à la télévision (dans des films de guerre).
L’ami de Marie nous rejoint sur le rivage et nous conseille de partir à l’intérieur des terres pour nous cacher. Dans la mer flottent déjà des centaines de cadavres en décomposition.
Nous partons en jeep et après quelques recherches, nous trouvons une grotte où nous passons une nuit. Notre voyage reprend au travers d’une jungle épaisse et déserte. Nous apercevons une grande maison coloniale abandonnée, de grands lambeaux de rideau flottent aux fenêtres béantes, tout est abîmé, dévasté, mais nous y entrons tout de même.
A l’intérieur, une vision de cauchemars nous y attend : des cadavres de soldats pendent aux plafonds, encore accrochés à leur parachute ; ils ont été surpris par l’ennemi et ont été abattus, accrochés et coincés par des bouts de ferrailles et de bois, dans l’impossibilité de s’enfuir. Des bombardiers survolent la jungle de temps à autre.
Nous décidons de rester là, malgré les cadavres, les rats et les chauves-souris. Quel charmant endroit ! Le temps passe, interminable … Mon copain ne revient pas, je cède au désespoir, est-il mort ? Nous décidons avec Marie de nous partager son ami à tour de rôle …
Au terme d’une longue attente et après avoir perdu tout espoir, un jour mon ami réapparaît clopin-clopant appuyé sur des cannes.
Il a été amputé du pied gauche. Je me sens honteuse de l’avoir oublié si vite et de l’avoir remplacé. Son
amputation me répugne, me dégoûte tout de même un peu. Je sens ma tête et mon corps qui s’éloignent de lui …
Les photos
Un jour, je constate que je suis enceinte, mais comme j’ai projeté de découvrir un endroit de l’île qui m’est inconnu, je décide de partir quand même. Malgré la réticence des médecins, Marie et moi partons en voyage. Ce qui devait arriver, arriva : les contractions se déclenchent dans le train, et j’accouche à moitié dans celui-ci, à moitié dans une mer bleue et calme.
Si les bébés ne remontent pas immédiatement à la surface, s’ils ne remuent pas, ou s’ils ne se réveillent pas, de gros crabes rouges se précipitent sur eux et les mangent : plusieurs petites têtes sanguinolentes et déchiquetées flottent à la surface de la mer qui n’a jamais été aussi belle et aussi bleue. Mais bientôt, celle-ci vire au violet rouge sombre.
J’essaie de trouver une cachette sur le rivage, l’accouchement n’est pas terminé, car commencé en début d’après-midi, il ne se finira que le soir. Marie doit m’assister, mais pour je ne sais quelle raison, elle n’est pas là. Aussi, suis-je en train de souffrir seule … Arrivée peu de temps après, Marie m’éponge le front, apparemment j’ai de la fièvre.
Malgré ma grande faiblesse, j’aligne à côté de moi, au fur et à mesure, mes enfants vivants. J’en ai plusieurs et je sais que je ne peux les garder tous, car je suis démunie et ne peux subvenir à leurs besoins … En outre, égoïstement, je ne veux pas être coincée toute ma vie par eux ! Mais pour garder un souvenir, je les prends tous en photo … (A mon réveil en neurologie, ma première pensée aura été pour ces fichues photos, pour prouver à tout le monde que je suis bien partie ailleurs …).
J’ai environ vingt bébés, dont neuf vivants : six bébés blancs (blonds, bruns, roux), mais les trois derniers sont franchement plus noirs et plus petits que les autres. Quant aux manquants, ils ont disparu...