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Depuis mon AVC, un neurologue me suit avec du recul ; pour lui, le cholestérol en est en cause : une plaque d’adénome s’est détachée d’une paroi veineuse entre le cœur et ma tête et est remontée par la carotide droite ; en bouchant celle-ci au ¾….
Courage, volonté, ténacité et patience ne suffisent pas pour surmonter un tel drame. L’entourage familial est
très important : j’ai eu la chance d’avoir (et elle est encore là) une maman extraordinaire : patiente, attentionnée, tenace, rebelle face aux médecins qui me condamnaient à rester
« un légume ». Prête à tout pour que je récupère moralement et physiquement. Les amis aussi, les vrais, ont été là ; le milieu médical aussi mais pourtant aucune
aide psychologique et morale (ou si peu !), aucune communication (et je sais que 20 ans après rien n’a changé).
Jeune, dynamique, battante, sportive, indépendante, une petite vie bien organisée entre le travail, les loisirs, l'amitié, l'amour…. Mais le 7 juin 1988, un grain de sable impitoyable est venu à jamais dérégler le rouage bien huilé de ma vie… Après avoir émergé de mon coma, bardée de tubes et d’électrodes diverses (sondes nasales, urinaire, stomacale, tube pour la trachéotomie, électrodes pour le cœur, la tension, et je dois en oublier d’autres) et repris mes esprits, tous les jours, un immense désespoir m’a accompagné avec les questions habituelles que l’on peut se poser dans ce cas-là : "Pourquoi suis-je encore là ? Pourquoi moi ? A quoi je sers maintenant ? Handicapée moi ? Pourquoi ?"
Je me suis surtout dit :" Ma vie est foutue, alors, pourquoi continuer à vivre maintenant Comme ça? Quel avenir ? Comme une infirme, une estropiée? Jamais !". D’ailleurs, plusieurs jours après, j’ai fait une tentative de suicide en m’arrachant la sonde nasale qui, je pensais, me retenait à la vie…
5 ans après mon AVC, je me suis réinsérée dans le milieu de l’édition comme secrétaire de rédaction ; ensuite, je me suis tournée vers le secteur de la documentation pendant de longues années et maintenant je ne travaille plus et suis au calme, à la campagne.
3 ans après mon AVC j'ai repris la natation, un
moniteur spécialisé m’a réappris à nager seule, sans aucune aide, et j’ai retrouvé mon endurance d’ancienne sportive. Il a été un "coach" et je n’oublierai jamais tout ce qu’il a fait pour moi
car je n’étais pas une affaire ! A vif nerveusement, il a fallu supporter mon agressivité et ma tristesse ; le réapprentissage de la
natation a été mon exutoire mais le moniteur aussi !!!
Plus de 20 ans se sont écoulés, j'essaie de vivre de la façon la plus normale possible, bien que physiquement, les difficultés existent… J’essaie de surmonter ces dernières. Je ne suis plus traumatisée par cette époque et j'ai accepté mon handicap, je fais « avec » dirons-nous…
Le temps ayant adouci les choses, je pense avoir retrouvé un bon équilibre et avoir pris un recul nécessaire par rapport aux choses et aux êtres.
J'aime beaucoup plus la vie qu'auparavant, je savoure intensément le moment présent, les choses simples et vraies, les valeurs morales (famille, amis,). Les valeurs matérielles et l'argent n'ont plus la même signification pour moi, plus la même importance.
La mort, je ne la crains plus. Mais les souffrances, morales ou physiques, on ne s'y habitue réellement jamais… Après avoir côtoyé la mort, et avoir eu la sensation d'être une miraculée, que craindre de pire désormais de la Vie?