1ère partie : Descente aux enfers...

 

Juin 1988, le 7 exactement, c’est l’été, le soleil brille. Cette clarté est annonciatrice d’une journée chaude et humide.

Ce matin-là, je me réveille avec une migraine assez importante, j’essaie de ne pas y prêter attention : la migraine, je connais bien, y étant sujette.

C’est mon jour de congé et je décide d’aller régler quelques affaires en ville : ma voiture fonctionne mal (elle démarre quand elle veut… ), mon compte en banque a un malaise (découvert… ), j’ai des problèmes au travail (prises de tête pour améliorer le rayon rongeurs-oisellerie chez TRUFFAUT… ) et pour finir, mes projets de voyage en Corse avec mon père tombent à l’eau !

J’ai la sensation d’être en période de malchance, tout m’énerve !

 

Mon retour se situe vers 13 heures, j’ai toujours cette migraine qui s’est accentuée. Je décide donc de prendre du Propofan, mon médicament habituel. Je suis fatiguée, sans appétit, mais j’ingurgite un yaourt en me forçant. Je prends le temps d’appeler mon médecin traitant et lui demande de passer à mon domicile. Je lui décris ma grande lassitude et mon mal de tête. Il me déclare ne pouvoir se déplacer ce jour-là et me demande de prendre mon véhicule pour venir en consultation… Même si je l’avais décidé, je n’aurai pas pu y parvenir, tant ma fatigue était grande.  Je me laisse tomber sur mon lit avant de m’endormir, épuisée.

Vers 16h30, je suis tirée de mon sommeil par le téléphone, j’ouvre les yeux et, oh stupeur ! Je distingue mal ma chambre, mon lit, mes meubles : tout est de travers en diagonale et flou. Je me rends compte que mon œil gauche ne fonctionne pas comme d’habitude. Je pense soudainement à ma mère avec qui j’ai normalement rendez-vous, je me lève dans l’intention de l’appeler à son lieu de travail.

Je suis inquiète par mon état. Un peu hagarde, toujours avec ma paupière gauche qui se ferme et l’iris qui se décentre complètement, je tente de me lever et d’aller aux toilettes en prenant appui sur le mur car je n’ai plus d’équilibre... Une fois assise sur la cuvette des toilettes, le tout mon corps est agité de spasmes. Puis, un bruit assourdissant se fait entendre dans ma tête (comme un avion qui met les gaz pour décoller). Ce bruit résonne dans mes oreilles, sans discontinuer et de manière douloureuse. Mes jambes sont en train de se dérober, je n’ose plus bouger, prise de panique. Toujours assise sur la cuvette, ma jambe droite se met à taper frénétiquement contre le mur, cela me fait très mal mais c’est incontrôlable. Mon œil gauche se décentre totalement vers l’extérieur. Il ne me reste que mon œil droit pour distinguer où je suis et évaluer la distance qui me sépare du téléphone. C’est bon, celui-ci n’est pas trop loin et aucun obstacle ne m’empêche de l’atteindre. Je suis apeurée, affolée et complètement désarmée, en larmes car je suis consciente qu’il m’arrive quelque chose de grave.

Avec un équilibre très précaire dû à un important vertige, j’essaie de me relever du siège des toilettes, ma main droite s’agrippant à la poignée de la porte située près de moi. Le côté gauche de mon corps ne réagit plus.

Une force insoupçonnée me pousse à me servir du mur comme appui et arriver à mon bureau et  appeler coûte que coûte ma mère. Je ne pense qu’à elle, elle seule peut m’aider !

 

J’arrive à me hisser sur le siège de mon bureau et attrape le combiné. Je compose le numéro et là un vent de panique s’abat sur moi : je ne peux presque plus parler ou tout du moins très mal ! J’ai tout le côté gauche de mon visage qui se paralyse, mâchoire comprise.

D’ailleurs, la standardiste me raccroche au nez car visiblement je suis inaudible et incompréhensible. Une « trouille » sans aucune mesure m’envahit et sans la présence d’une force inexplicable qui me pousse à rester assise, en équilibre sur mon siège, je serais déjà par terre. Il faut arriver à joindre maman, c’est trop grave !

Je fais à tout hasard le numéro de sa maison, je suis sauvée, elle est là !

Je lui explique en pleurant que je ne vais pas bien, et à l’écoute de mes mots inaudibles, elle se doute que c’est grave et me demande d’avoir la force d’ouvrir la porte de mon appartement car elle n’a pas les clés de celui-ci. Je pense que c’est grâce, encore une fois, aux murs sur lesquels je me suis appuyée pour arriver à ma porte d’entrée et ouvrir le verrou, et dans un ultime effort pour me mouvoir. Ce dernier effort effectué, je m’écroule sur mon lit et perd conscience. Je suis réveillée par des bruits de voix, celle de ma mère, de mon beau-père et de mon médecin traitant, que ma mère a persuadé de venir jusqu’à chez moi.

Une forte pression sur tout le corps m’empêche de bouger et d’ouvrir les yeux. Mais je sens les mains du médecin qui commencent à m’ausculter, en particulier sur le ventre (j’ai mal, j’ai vomis, je bave aussi) ;  il me pose quelques questions auxquelles j’essaie de répondre par des hochements de tête (impossible d’ouvrir les yeux) en pleurant.

Quelques instants plus tard, je n’en crois pas mes oreilles ! Alors que je suis à moitié inconsciente, paralysée à gauche, le médecin diagnostique une crise de vésicule biliaire. Non ce n’est pas possible ! il se trompe ! je ne suis pas médecin, mais je n’ai jamais entendu que la vésicule biliaire provoque ses symptômes ; il a l’air sûr de lui ! Comment lui faire comprendre que ce n’est pas ça, qu’il a tort ! Je ne peux lui répondre que par quelques râles. Il fait une prescription avec des médicaments que je ne peux pas avaler (machoire paralysée... ) et repart tranquillement, toujours aussi sûr de lui…

 

Ma mère décide de passer la nuit auprès de moi au cas où mes vomissements reprendraient. De 19h à 21h, j’arrive à communiquer avec ma mère, en hochant la tête et en râlant. Après 21h, c’est de plus en plus difficile pour moi. Pour aller aux toilettes, ce sont des efforts surhumains tant pour ma mère que pour moi. Au retour, elle me lâche presque par terre car je n’ai plus aucune force. Ma mère très inquiète, et épuisée par le manque de sommeil et par les efforts qu’elle déploie pour me faire parler, rappelle le médecin (de mauvaise foi et de mauvaise humeur car on le réveille… ). Il se décide enfin à lui donner le numéro de téléphone d’un ambulancier pour me faire hospitaliser.

Ceux-ci au nombre de 3 arrivent rapidement. Mais comble de malchance, l’ascenseur est en panne : résultat neuf étages à descendre en me transbahutant sur leurs bras. Les ambulanciers ragent contre l’ascenseur, contre moi aussi…

 

Dans l’ambulance, je sens que l’on me pique et que l’on me met un masque à oxygène.

Je suis dans ce qui se nomme un coma « niveau 2 » et j’entends l’ambulancière demander à ma mère des renseignements administratifs.

Paradoxal à un tel moment, mais elle fait son travail … Passage rapide chez le médecin qui remet les papiers d’hospitalisation aux ambulanciers et commence à s’inquiéter.

 

Arrivée aux urgences de l’Hôpital Purpan (Toulouse) à minuit. Les infirmières me giflent et me parlent pour me faire réagir.

On me déshabille, j’ai froid. On m’examine. J’entends quelques phrases malheureuses du genre : « Elle est droguée, elle est foutue, elle est costaud ». Un réveil inopiné et très bref : j’ai l’impression d’être une bête curieuse devant toute une assemblée de blouses blanches (internes) autour d’un monsieur d’un certain âge, sûrement un professeur. Ensuite, plus rien, je suis ailleurs, je m’enfonce dans l’inconscience …

 
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus